sous-menu :
ASSASSINAT JEAN JAURÈS
DUEL : UNE PASSION FRANCAISE ?
CHIENNES DE GARDE
SUICIDES
"SALOPE, PUTE"
> SIMONE VEIL
INSULTE ET SILENCES

« Salope, pute »
 

Dominique Voynet…

L’insulte en question se situe au croisement de plusieurs histoires ; elle cristallise plusieurs niveaux de haine. Celle de chasseurs vis-à-vis des écologistes ; celle d’hommes vis-à-vis de femmes. Dominique Voynet, ministre de l’Ecologie dans le gouvernement de Lionel Jospin à partir de 1997, pense pour sa part que la première motivation prime (Marianne-en-ligne, article créé le 7 avril 2004), que le prétexte sexiste a servi la motivation politique profonde.

 

[…]
Marianne-en-ligne  : Les attaques contre vous se sont-elles intensifiées lorsque vous êtes devenue Ministre ?
D.V. : Certainement. En 1998, par exemple, j’ai été confrontée à la manif des chasseurs, tout le monde s’en souvient. Le fait d’être caricaturée en poupée gonflable, ou de lire sur des pancartes des slogans effroyablement sexistes ne m’a pas fait plaisir. Mais je reste convaincue qu’ils combattaient politiquement l’écolo en utilisant des insultes sexistes parce qu’ils ne savaient pas faire autrement.
[…]

Les panneaux et les affiches ci-contre montrent de fait l’interpénétration des motivations. Dominique Voynet, mais aussi Daniel Cohn-Bendit et les écologistes en général sont pris pour cibles par le parti Chasse, Pêche, Nature et Traditions (CPNT) lors de la campagne électorale de juin 1999 (élections européennes).

Il n’empêche que le qualificatif de « salope », gravement insultant, s’adresse à une femme ; « salop » n’a pas du tout le même sens. La Ligue pour la protection des oiseaux de l’Aude a fait en mai-juin 1999 le relevé des attaques et insultes subies, dont voici un extrait

 

« Nuit du 28 au 29 mai 1999 : sur une route, ‘fn [Front national] Voynet salope’. Derniers jours de juin 1999. La départementale 32 est taguée, à partir de la sortie de Narbonne en direction de Gruissan : ‘Voynet pute a [sic] Jospin’ ».

Rappelant par ailleurs les conditions de naissance de l’association « Les chiennes de garde », Annick Cojean signale que le facteur déclencheur a été l’insulte subie par Dominique Voynet au salon de l’agriculture de mars 1999 : « Tire ton slip, salope. » (Le Monde, 12 février 2000).

.. et les autres

En dernière instance, « salope » doit donc être analysée comme une insulte sexiste. C’est ce que montrent les occurrences qui suivent.
Restons un moment encore en baie de Somme, pays d’Ault, haut-lieu de la chasse aux oiseaux, un peu moins d’un an après les élections européennes de 1999. L’informateur, journal local (Eu, le Tréport, Mers, Région Petit Caux et Vimeu), fait le 13 février 2003 le compte rendu d’un procès. Le 22 avril 2000, des incidents ont troublé la visite du député socialiste Vincent Peillon à la déchetterie d’Ault. Des chasseurs lui reprochent d’avoir trahi leur cause ; il est contraint de quitter les lieux en hélicoptère sous les insultes et les projectiles. Neuf chasseurs comparaissent en correctionnelle pour répondre de ces violences. G.L., 55 ans, reconnaît avoir agressé quelques jours avant l’inauguration de la déchetterie, le 9 avril, une bénévole qui tenait un stand au Festival de l’Oiseau. « C’est vrai que je l’ai insultée de tous les noms, j’étais vraiment ordurier mais lorsqu’elle s’est approchée j’ai été surpris et j’ai eu un geste de défense. » Puis maître Leclerc, conseil de Vincent Peillon, signale que sur la bande-radio d’un journaliste présent sur les lieux le 22 avril, « on a pu entendre ces mots : ‘je vais la crever, cette salope.’ »
Source : www.linformateur.com (visité le 29 septembre 2005)

Rappelons aussi que bien d’autres femmes politiques ont subi les mêmes attaques que Dominique Voynet :
Première femme ministre de l’agriculture (1981), première femme à Matignon (mai 1991 – avril 1992), Edith Cresson « subit sans doute le " lynchage sexiste " le plus outrageant de ces dernières années. Des pancartes d’agriculteurs proclamant " On t’espère meilleure au lit qu’au ministère " aux quolibets des députés la traitant de " Pompadour ", Edith Cresson dut affronter nombre d’insanités. Sans compter le Bébète Show dans lequel son personnage de panthère hystérique, surnommée Amabotte, cherchait à cajoler son prince, qui l’envoyait balader : " Toi, tu vas reboucher ton trou et fous-nous la paix ! ", " Délabrée du bulbe" ; ou avouait : " Je m’ennuie, alors la greluche, je la viole "... » (Annick Cojean, Le Monde, samedi 12 février 2000).

Dans Etre femme en politique (Plon, 1997), Elizabeth Guigou évoque une route le long de la Durance où, lors de la campagne régionale de 1992, à la sortie d’un virage, sur un gros rocher, elle a pu lire « GUIGOU=PUTAIN ». Elle poursuit : « Un choc : Sur le terrain de la grivoiserie gauloise, une femme est toujours en position de faiblesse. »

En septembre 2005, lorsqu’elle annonce qu’elle sera candidate aux élections présidentielles de 2007, Ségolène Royal (présidente du Conseil régional Poitou-Charentes) essuie une bordée de remarques ironiques, pour certaines fort déplaisantes, de la part de plusieurs dirigeants socialistes. Aux journées parlementaires du Parti socialiste (Nevers), Laurent Fabius évoque à son propos dans une expression extrêmement malheureuse, l’éventualité d’une « présidence tournante » (voir à ce propos, par exemple, Le Figaro du 27 septembre).

Ci-contre :
Affiches et panneaux lors de la campagne menée par le CPNT (« Chasse, pêche, nature et tradition ») pour les élections européennes du 13 juin 1999
(Baie de Somme, marais du Hâble d’Ault)
Origine : http://www.chez.com/goupilencolere - visité le 16 août 2005.


Juin 2007 : Anne-Marie Comparini

« Salope », encore et toujours… Renaud Muselier (député des Bouches-du-Rhône), vient présenter Michel Havard (qui a battu Anne-Marie Comparini aux élections législatives récentes), à Patrick Devedjian (député des Hauts-de-Seine, Secrétaire général délégué de l'UMP et Président du conseil général des Hauts-de-Seine depuis le 1 er juin 2007 en remplacement de Nicolas Sarkozy devenu Président de la République). Après avoir félicité chaudement le candidat investi par l'UMP devant les caméras de la chaîne télévisée lyonnaise TLM dans la cour de l'Assemblée nationale, Patrick Devedjian insulte Anne-Marie Comparini (MoDem) en la traitant de « salope ». TLM diffuse la séquence le mercredi 27 juin 2007.

Un tel comportement choque l'opinion publique et le monde politique. Le mot, comme le rappelle le Trésor de la langue française (consultable sur internet), remonte au XVII e siècle et désigne une personne sale, malpropre, à partir des mots « sale » et « hoppe » (un dérivé de « huppe », oiseau sale). Puis le mot s'enrichit d'une connotation sexuelle (« femme débauchée, de mœurs dépravées »). Le substantif peut aussi être employé à l'encontre d'un homme, lui déniant dans ce cas toute virilité (caractère homophobe).

L'insulte rendue publique par la télévision, mais aussi par sa diffusion sur internet suscite l'indignation de nombreux élus (voir par exemple Le Monde du 29 juin 2007). L'« insultée », Anne-Marie Comparini, exige des excuses publiques « parce que le mot qu'il a prononcé, c'est une atteinte à la dignité des femmes. […] Ces propos, je les trouve choquants, déplorables. Comment peut-on dans notre pays créer la culture du débat si l'on parle ainsi de ceux qui défendent des valeurs différentes ? »

De nombreux hommes et femmes politiques s'émeuvent publiquement. Il est souligné que les chemins de la parité sont encore très difficiles. Plusieurs femmes ministres du gouvernement de François Fillon font part de leur réprobation : c'est le cas de Rachida Dati ou de Roselyne Bachelot qui a déclaré sur les ondes radiophoniques que cela montre que : «  le combat pour le respect des femmes n'est pas terminé » . La candidate socialiste à l'élection présidentielle, Ségolène Royal, fait savoir qu'elle a joint Anne-Marie Comparini au téléphone pour lui témoigner sa solidarité. Au conseil régional de Rhône-Alpes, où siège Anne-Marie Comparini, une motion est adoptée par les conseillers régionaux, à l'exception des élus du Front national, de l'abstention des 24 conseillers régionaux UMP, alors que leurs quatre collègues élues sur la même liste votent pour avec les élus socialistes, verts et communistes, condamnant « avec la plus grande fermeté les propos inqualifiables » de Patrick Devedjian.

Parmi les hommes politiques, François Bayrou, dirigeant du MoDem, exige des excuses publiques. Même le chef de l'Etat, pourtant proche de M. Devedjian, déclare : « ce n'est pas une façon de parler aux femmes, ni à qui que ce soit d'autre », sans envisager pour autant de sanctions – l'intéressé s'est entre temps excusé publiquement. Le Premier ministre en visite à Nantes rappelle qu'il «  ne faut jamais insulter les gens, encore moins les élus », puis d'indiquer que « l'incident est clos… ».

Quelques mois après, qu'en reste-t-il ? Quasiment rien. L'éphémère propos n'aura su retenir l'attention du monde médiatique que quelques jours. Ironie de l'histoire, lorsque que la Ministre Fadela Amara emploie en octobre 2007 le mot de « dégueulasse » à propos d'une loi sur l'immigration et de l'usage de test ADN, c'est M. Devedjian qui la rappelle à l'ordre !

Thomas Bouchet Jean Vigreux

Références 
La vidéo sur You Tube (cliquez sur le lien)

 
Voir aussi :
  Itinéraires bis :
 


Le contexte


Dominique Voynet


Dominique Voynet


Dominique Voynet et Daniel Cohn-Bendit


Les écologistes